Vincent Tourraine
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« Pattern Recognition », de William Gibson

#critique #livre #William Gibson

Cette année, j’ai envie d’essayer des choses un peu différentes avec ce blog, alors pourquoi pas une critique de livre ?

Jusqu’à présent, je ne connaissais William Gibson que par Neuromancer. Pour celles et ceux qui ne connaissent toujours pas, il s’agit de son premier livre, écrit au début des années 80, et qui préfigure de façon fulgurante les mondes virtuels, et l’existence en ligne. On peut dire qu’il s’agit de l’équivalent littéraire de Matrix, publié à l’époque du premier Macintosh, excusez du peu.

C’est toujours un peu réducteur de résumer un auteur à son premier succès, mais je ne me lasse pas de louer ce roman (auquel, pour être honnête, je n’ai pas tout compris, mais là n’est pas la question).

Pattern Recognition, photo Vincent Tourraine, CC BY-NC 4.0
Pattern Recognition, photo Vincent Tourraine, CC BY-NC 4.0

Avance-rapide au début du XXIème siècle, et voici Pattern Recognition, son premier livre se déroulant à l’époque contemporaine. J’avais entendu quelqu’un le décrire comme le meilleur et le plus accessible des livres de l’auteur. Il me faudra un peu plus de recul pour émettre un avis aussi catégorique, mais je suis d’accord pour dire que ce roman est plus facile à aborder.

« Homo sapiens are about pattern recognition, he says. Both a gift and a trap. »
William Gibson, Pattern Recognition

C’est l’histoire de Cayce, une américaine avec une aversion maladive pour les marques commerciales qui la rend, un peu paradoxalement, extrêmement douée à évaluer de nouveaux logos et identités visuelles pour le compte de grandes entreprises.

Depuis quelques temps, apparaît sur internet une série de clips vidéos mystérieux, d’origine parfaitement inconnue. Cayce fait partie de ces nombreux amateurs qui se réunissent en ligne pour tenter de comprendre le sens et la provenance de cet assemblage indéchiffrable mais passionnant. Fasciné lui aussi par ce mélange d’art et de marketing viral, c’est maintenant le patron de l’agence de publicité « Blue Ant », employeur de Cayce, qui la sollicite personnellement pour enquêter sur ce phénomène, lui donnant carte blanche pour en découvrir la source.

Le récit évolue entre Londres, Tokyo et Moscou; mais l’intrigue progresse en même temps sur internet, de forums en boîtes mails. Un peu comme les SMS qui apparaissent à l’écran pour Sherlock, ici les emails s’inscrivent directement dans la narration. Entre un iBook (le laptop, pas l’application), l’historique d’un navigateur internet, les rues de Londres, un hôtel japonais ou un café russe, Gibson excelle à décrire la richesse de notre monde contemporain, souvent inquiétant, toujours réaliste et exaltant.

William Gibson, photo David Alliet, CC BY 2.0
William Gibson, photo David Alliet, CC BY 2.0

Pour un thriller, l’intrigue n’est pas particulièrement remarquable, mais l’intérêt est ailleurs. Ce n’est pas non plus une question de technologie, mais plutôt une certaine vision de notre société de l’information. Savoir, cacher, transmettre, la data comme une matière première mystérieuse mais omniprésente.

On retrouve aussi un contexte historique bien ancré, avec notamment un personnage disparu à New-York le 9/11 comme point d’origine de ce monde « post-moderne ». À l’heure de l’explosion des communautés virtuelles, mais avant YouTube et les smartphones. Ce contexte de surveillance des réseaux et des échanges chiffrés des données est pourtant toujours aussi pertinent aujourd’hui. C’est une espèce de guerre froide avec un mélange d’anciens empires et de multinationales, le terrorisme en bruit de fond.

Pour un roman de début de XXIème siècle, je trouve que c’est réussi.

« The future is there … looking back at us. Trying to make sense of the fiction we will have become. And from where they are, the past behind us will look nothing at all like the past we imagine behind us now. … I only know that the one constant in history is change: The past changes. Our version of the past will interest the future about the extent we’re interested in whatever past the Victorians believed in. It simply won’t seem very relevant. »
William Gibson, Pattern Recognition

Liens

Trilogie Blue Ant, billets de blog

  1. Pattern Recognition
  2. Spook Country
  3. Zero History
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