Vincent Tourraine
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« The Martian », d’Andy Weir

#critique #livre #Andy Weir #Sci-Fi

Une expédition tourne mal. C’est la panique, l’évacuation précipitée. L’équipe regagne la navette de justesse et s’échappe de la planète rouge… abandonnant le pauvre Mark Watney, que tout le monde croyait mort.

Seul sur Mars.

The Martian, photo Vincent Tourraine, CC BY-NC 4.0
The Martian, photo Vincent Tourraine, CC BY-NC 4.0

« I’m pretty much fucked.

That’s my considered opinion.

Fucked.

Six days into what should be the greatest two months of my life, and it’s turned into a nightmare.

I don’t even know who’ll read this. I guess someone will find it eventually. Maybe a hundred years from now.

For the record… I didn’t die on Sol 6. Certainly the rest of the crew thought I did, and I can’t blame them. Maybe there’ll be a day of national mourning for me, and my Wikipedia page will say, “Mark Watney is the only human being to have died on Mars.”

And it’ll be right, probably. ’Cause I’ll surely die here. Just not on Sol 6 when everyone thinks I did.

Let’s see… where do I begin? »
Andy Weir, The Martian

Le concept du livre est merveilleux de simplicité : Robinson Crusoé dans l’espace. Ça peut paraître ridicule. Survivre seul sur une planète déserte glaciale à l’air irrespirable, sans équipement approprié, jusqu’à envisager un plan de sauvetage pour espérer sortir vivant de cet enfer. Mais ce livre n’a rien de ridicule, mieux, il s’applique avec rigueur à un réalisme fascinant.

Ce n’est pas une simple posture, mais bien le livre d’un passionné d’astrophysique et d’exploration spatiale qui examine en détails tous les aspects de la vie sur Mars. La qualité du travail de documentation d’Andy Weir lui vaut la reconnaissances des ingénieurs (et des astronautes !) de la NASA. Chaque trajectoire, chaque orbite, a été calculée. La composition de l’air respiré par notre astronaute est soigneusement détaillée, permettant d’apprécier l’importance — et parfois le danger — associé à chaque gaz. Le nombre de calories continus dans ses portions est un enjeu récurrent, conditionnant la durée envisageable de sa survie.

Je me plains rarement du manque de crédibilité d’un livre ou d’un film, à condition que l’histoire exprime des émotions ou des idées qui en valent la peine. Mais je reconnais hélas la trop grande rareté des récits qui s’attachent à un réalisme aussi exigeant. Ce n’est pas une finalité pour autant, simplement la condition pour se laisser complètement absorber par une aventure qui peut paraître invraisemblable. Ce livre en est l’illustration parfaite.

Nili Fossae, photo ESA, CC BY-SA 3.0 IGO (modifiée)
Nili Fossae, photo ESA, CC BY-SA 3.0 IGO (modifiée)

« A book I just couldn’t put down! It has the very rare combination of a good, original story, interestingly real characters and fascinating technical accuracy… »
Astronaut Chris Hadfield, Commander of the International Space Station

Toutes ces digressions techniques pourraient paraître rebutantes et fastidieuses. Mais l’auteur a eu la bonne idée de présenter son récit sous la forme d’un carnet de bord. Ce bon vieux coup du journal intime. Non, ce n’est pas très original, mais ça facilite beaucoup le suivi de l’histoire. Mark documente son séjour, incident après victoire. Toujours trivial, il enfile les plaisanteries pour conserver son moral, qui pourrait bien être l’atout le plus précieux pour cette survie en solitaire. La prose n’a clairement rien de littéraire, ce qui lui permet de garder un naturel bienvenu.

Chaque journée sur Mars apporte son problème. Mark analyse la situation et met à profit ses resources (forcément limitées) et ses connaissances pour lui permettre de surmonter les épreuves. C’est le triomphe de l’ingéniosité et de la persévérance. La vie comme un problème de math qu’il convient de résoudre, étape après étape.

À mes yeux, envoyer quelqu’un sur la lune a ce côté rétro, à jamais associé à Tintin et aux années 60. En revanche, envoyer quelqu’un sur Mars reste aujourd’hui encore de la pure science-fiction, spéculative, mais à portée de main.

Dans notre univers, des robots tweetent sur Mars, postent des selfies. Voilà une source d’émerveillement fantastique. Tout semble indiquer que des hommes marcheront sur Mars d’ici quelques années. Je leur recommande chaudement ce livre.

Hellas Chaos, photo ESA, CC BY-SA 3.0 IGO (modifiée)
Hellas Chaos, photo ESA, CC BY-SA 3.0 IGO (modifiée)

P.S. : Vous trouvez que cette histoire ferait un bon film ? Vous n’avez soi-disant pas le temps de lire un livre, mais vous aimeriez bien savoir comment ça finit ? Rassurez-vous, tout est prévu. Le film est déjà tourné, et devrait sortir dès novembre (une fin d’année remarquable pour les amateurs de science-fiction). Ce sera l’occasion de découvrir de jeunes talents comme un certain Ridley Scott à la réalisation, et Matt Damon dans le rôle principal. La première bande-annonce doit arriver bientôt.

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