Vincent Tourraine
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Artemis, par Andy Weir

#critique #sci-fi #livre

Après le succès extraordinaire de The Martian, le deuxième livre d’Andy Weir était attendu avec impatience. Voici donc Artemis, sorti le mois dernier. Il ne s’agit pas d’une suite, c’est déjà remarquable, mais Weir reste sur son sujet de prédilection : l’espace.

Artemis est le nom donné à la première cité sur la Lune, où se déroule le récit dans les années 2080s.

Couverture Artemis
Couverture Artemis

Artemis, la ville

Weir a expliqué avoir passé une année entière à concevoir la ville elle-même. Son objectif était d’imaginer à quoi ressemblerait la première cité humaine construite sur la Lune.

Artemis vit avant tout du tourisme. On y vient pour passer quelques semaines inoubliables, avec par exemple des promenades lunaires à l’intérieur de boules gonflables géantes (plus facile à gérer que des combinaisons spatiales traditionnelles pour un public amateur). Tout se vend et s’achète à l’aide de « slugs » (« Soft-Landed Grams »), une pseudo-monnaie indexée sur le coût nécessaire pour importer un gramme de marchandise depuis la Terre.

Je ne vais pas tout détailler, mais comme vous pouvez l’imaginer si vous avez lu The Martian, Weir a pensé à tout, et accumule les explications pour rendre sa ville imaginaire aussi vraie que possible. Tout cela sur un ton toujours léger et très didactique, et je ne m’en lasse pas.

Jazz

Le personnage principal du livre s’appelle Jazz (pour Jasmine). Elle vit sur Artemis depuis son enfance et travaille au transport et à la livraison de marchandises. Pour mettre du beurre dans les épinards, elle fait aussi de la contrebande, et se mêle à différentes activités aux frontières de la légalité (une notion vague sur la Lune, qui ressemble un peu au far west). Bien sûr, une de ces magouilles va mal tourner, et l’entraîner bon gré mal gré dans une lutte pour l’avenir d’Artemis.

Ces péripéties ne sont pas follement originales, et on devine facilement la trajectoire du récit. Mais le livre est toujours rythmé, et j’ai plutôt apprécié cette histoire bien classique, avec son lot de révélations.

Mais le traitement du personnage de Jazz est sans doute le point le plus décevant. Une femme originaire d’Arabie Saoudite, indépendante et très débrouillarde, avec de l’humour et un caractère parfois difficile. Dit comme ça, tout va bien. Mais Weir donne à Jazz la personnalité d’une adolescente, alors qu’elle est sensée avoir une bonne vingtaine d’années. Pire, cela donne plutôt l’impression d’une ado fille, telle qu’imaginée par un ado garçon. C’est assez embarrassant.

Son humour, véhiculé par ses monologues internes et les dialogues, est trop similaire à celui de Mark Whatney dans The Martian. Le style passait mieux la première fois, pour quelqu’un abandonné sur une planète déserte, livré à lui-même. Avec cette répétition de ton sur Artemis, on dirait que l’auteur ne connaît pas d’autres modes d’expression. Ça ne suffit pas à me gâcher le livre (c’est hélas le cas pour certains lecteurs, à en juger par les commentaires Goodreads), mais j’espère vraiment que le prochain livre de Weir trouvera une personnalité différente pour son protagoniste.

Sur la Lune

Globalement, donc, l’histoire est plutôt classique, et le personnage principal n’est pas vraiment convainquant. Mais je retrouve avec plaisir la fascination de l’auteur pour les réactions chimiques (« si j’utilise telle et telle choses dans telles conditions, tout risque d’exploser ! ») et le jeu sur les contraintes physiques (une course-poursuite avec la gravité lunaire !). Andy Weir adore donner un maximum de détails pour expliquer les enjeux de chaque situation, et c’est beaucoup trop rare pour ne pas être salué. Il y a bien un moment ou deux où son enthousiasme devient excessif, notamment concernant les spécificités de la soudure lunaire. Mais bon, peut-être que certains trouve ça fascinant.

Je suis satisfait par le livre. Ce n’est pas aussi réussi que The Martian, mais il en conserve les principales qualités, sans trop ressembler à une copie. Avec un bon scénariste, il devrait être possible d’en tirer un excellent film. Pour la suite, je suis déjà curieux de lire le prochain livre de Weir. J’espère qu’il trouvera d’autres angles, pour continuer à nous distraire avec ses histoires d’ingénieurs, de chimistes, et de botanistes dans l’espace.

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