Vincent Tourraine
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Archangel #2, par William Gibson

#critique #Sci-Fi #livre #comic book #William Gibson

Un rythme de publication exceptionnellement lent, pour une série exceptionnelle. Presque deux mois après le premier numéro, voici le deuxième chapitre d’Archangel, le comic book écrit par William Gibson et illustré par Butch Guice.

SPOILER ALERT : cet article dévoile certains éléments de l’intrigue d’Archangel #2.

Couverture Archangel #2, image IDW
Couverture Archangel #2, image IDW

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On retrouve le pilote survivant, qui va devoir trouver un moyen pour échapper aux américains avant qu’Henderson ne passe aux choses sérieuses. La bonne nouvelle, c’est que le Splitter permet visiblement de communiquer entre le passé et son pseudo-futur. Voici donc à quoi sert la mouche/drone aperçue dans le premier chapitre. C’est discret, mais suffisamment puissant pour libérer le prisonnier de ses menottes. Deux grosses ficelles pour une première page. On ne vient pas pour le réalisme, certes, mais ça paraît un peu facile.

Extrait Archangel #2, page 5, image IDW
Extrait Archangel #2, page 5, image IDW

La suite est plus intéressante, à mes yeux. Le pilote se fait livrer un pistolet et une « creepsuit ». Le problème, c’est que la livraison par Splitter n’est visiblement pas d’une précision infaillible, et le pistolet se matérialise en travers d’une table. Tout paraît plus crédible quand on voit une technologie mal fonctionner. Heureusement la creepsuit, elle, est intacte.

Utiliser ce terme pour décrire une combinaison d’invisibilité est un parfait exemple de la SF de Gibson. Plutôt que de donner un nom bêtement descriptif, ou un terme technique bidon, il trouve un mot ambigu à souhait (« to creep », se faufiler, « creepy », terrifiant). En y réfléchissant deux secondes, c’est le nom parfait pour décrire cette technologie telle qu’on imagine son utilisation.

Extrait Archangel #2, page 9, image IDW
Extrait Archangel #2, page 9, image IDW

À partir de là, l’histoire se remet en marche. Henderson découvre que le prisonnier s’est échappé, et la seule piste concerne la visite de la base le jour même par Naomi Givens.

On la retrouve donc dans son labo/entrepôt désaffecté (un lieu qui ne me paraît pas très adapté à de telles activités, mais je suppose que le contexte de Berlin occupée peut expliquer ce genre de choses). Elle discute R&D avec Fritz, quand soudainement, la quasi-totalité des protagonistes débarque. On comprend bien les raisons qui amènent tout ce petit monde au même endroit, mais encore une fois le récit paraît forcé. L’histoire est prévue en 5 chapitres, ce qui rend difficile de ne pas en condenser l’intrigue. C’est dommage, et ça m’inquiète déjà pour la conclusion (qui n’est pas le point fort de Gibson habituellement). Mais l’histoire progresse, et les interactions entre les différents personnages sont toujours aussi prenantes. C’est un des avantages à présenter des individus basés sur des archétypes connus : il suffit de quelques lignes pour développer inconsciemment des histoires autour d’un personnage comme Fritz.

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Au passage, on retrouve Torres qui suit les opérations depuis son triste futur, retranchée en compagnie de Jack. Les enjeux y sont moins clairs, mais cette histoire parallèle laisse penser que tout n’y est pas bouclé.

En 1945, la rencontre au labo tourne mal, et les regards se tournent vers le dernier protagoniste à découvrir, le mystérieux « Mr. Baby ». Un récit feuilletonné se doit de teaser continuellement la suite.

Extrait Archangel #2, page 18, image IDW
Extrait Archangel #2, page 18, image IDW

Le contenu additionnel pour ce chapitre est nettement plus restreint, il s’agit d’une unique double-page avec un texte assez touchant de Gibson sur sa découverte de la Seconde Guerre mondiale, « The Weird War ».

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Globalement, on aimerait voir l’histoire prendre davantage son temps, pour éviter les raccourcis trop fréquents. Contrairement à ses romans à tendance parfois contemplative, Gibson s’adapte bien —trop bien— au format du comic book, et continue d’exploiter ses concepts avec efficacité. Une intensité d’autant plus frustrante qu’il faut encore une fois attendre pour la suite.

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